Le Théâtre du Réel s’emparera du Théâtre Prémol du lundi 23 novembre au jeudi 3 décembre.
Il s’agit de leur première prise d’espace dans notre théâtre et de la finalisation de leur création sur notre plateau. Ils réservent au public qui viendra au Théâtre Prémol les premières représentations des petites formes de R-résistance(s). Une première halte avant que ne commence leur tournée à travers les différentes salles de spectacles qui leur ont fait confiance sur cette création.
Mais il ne s’agit pas pour nous de notre première prise de contact avec leur univers créatif. Nous avons pu les suivre sur des répétitions en août à l’espace 600 et en septembre à la MJC Romain Rolland de Saint Martin d’Hères.
Le 27 août à l’Espace 600, une expérience agitée :
A l’Espace 600, nous avons pu assister à la présentation d’improvisations sur le thème de l’économie et du rapport à l’argent.
Le plateau est envahi d’un tas d’objets : l’élévateur pour la mise en place des projecteurs, tables, lampes, piano à queue, fils électriques, câbles divers, radio... Les murs sont nus, les pendrillons ne sont pas installés. La boite noire est éclatée.
La salle aussi, est occupée, des portants avec des costumes se trouvent derrière les sièges des spectateurs. Un matelas est posé sur les sièges du côté... L’espace de jeu, c’est aussi la salle avec les sièges, et les comédiens pourraient jouer sur les genoux des spectateurs.
L’impro commence ou peut-être pas. Le temps de début n’est pas claire ou encore flou. Et là, commence un balai de comédiens, comédiennes ou peut-être pas comédiens et comédiennes puisque costumière, éclairagiste, régisseur, musicien... tout le monde joue et n’est pas enfermé dans un rôle social ou statutaire dont tout le monde joue au métro, boulot, dodo...
On déjeune. On va travailler. On secoue l’élévateur comme on secoue un cocotier et de l’argent en tombe des mains d’un comédien. On rentre chez soi. On regarde la télévision. On va se coucher. On vote. On change de fringue. Grille pain déjeuner. Travailler machine à écrire. Avoir son argent. Ramasser l’argent par terre. Rentrer chez soi. Allumer la Télé. La regarder. Dormir. Aller aux toilettes. S’habiller...... Lundi, Mardi, Mercredi, Jeudi Vendredi, le tourbillon infernal se rejoue Samedi c’est la fête. Danser, crier. Danses individuelles. Et la semaine recommence. La ronde des comédiens aux différentes actions s’enchaînent de pus en plus vite et c’est la fin sur les genoux.
Une folie s’empare des joueurs sont-ce des animaux, des hommes, des femmes, ils recherchent l’argent, le sniffe, le boive, le consomme. Un maître leur donne et ils se soumettent. C’est la fête, une fête sans moral, une fête de déperdition.
Et une voix, celle d’une femme s’élève : "L’argent, j’aime ça. c’est ce qui me fait vivre et c’est ça qui me rend vivante." Où est la résistance ? On se soumet, y a-t-il des moyens de résister ?
Et Antigone, figure de résistance de la mythologie apparaît comme une voix derrière nous. Son interlocuteur sur scène écrit, écrit des mots d’un dialogue de sourd, écrit des mots sur tous les jours, sur la vie, sur la société... Et l’interpelle par la parole à la fin.
Cette répétition était assez déconcertante pour se faire une opinion sur le spectacle. Elle représente une possibilité ou autant de possibilités pour une scène du spectacle sur le thème de l’argent et fait parti d’un canevas déjà existants. La discussion avec l’équipe artistique à la fin nous permet de comprendre que cette scène est encore à construire, une étape de travail à insérer dans le déroulé global qui prend ses racines dans la question de l’identité.
Le 9 septembre, à la MJC Romain Rolland, un filage enthousiasmant :
L’espace dans lequel se déroule le filage à la MJC Romain Rolland est la salle du cirque, équilibriste, ballon. C’est une salle circulaire avec des gradins et une possibilité d’ouverture sur l’extérieur vers un théâtre de verdure grâce à une grande porte coulissante.
Comme à l’espace 600 mais peut-être déjà un peu moins fourni, le bazar commençant à prendre forme. Les câbles sont partout mais rangés, gaffés, collés au sol.
Le travail sur le son est très important, il surgit de partout, les enceintes et les diffuseurs de son sont disséminés dans la pièce à des endroits stratégiques.
L’identité est le fil conducteur. ça commence fort ou dur un interrogatoire avec une personne dos au public et derrière le public ne répondra à aucune des questions des différents journalistes, policiers, questionneurs qui est interrogé et qui interroge, nous ne le savons pas.
Les questions sont lancées. Décliner votre identité, quel est votre nom ? Quand êtes-vous né ? Où ? ... La non réponse du questionné entraîne la pensée de la réponse dans notre tête résiste-t-on à penser la réponse et à ne pas l’exprimer ? Avez-vous lu ce livre lui montrant un livre sur la mythologie ?
La résistance des spectateurs est éprouvé un bébé dans une poussette pleure, pleure et ne s’arrête pas de pleurer. La mère bouge la poussette pour rassurer l’enfant.
La scène travaillée à l’espace 600 a changé, s’est métamorphosées est devenue autres chose. La télévision est restée. Une personne scotch, puis deux, puis trois, puis tout le monde veut regarder la télévision. Et les plombs sautent. C’est la panne d’électricité à la MJC Romain Rolland relance de l’électricité loufoque avec un vélo il faut pédaler, fournir de l’énergie pour regarder la télévision.
Faire du sport fait fondre la graisse comme la cire des ailes d’Icare fond au soleil attention à ne pas se bruler la peau à cause de la lampe avec laquelle on regarde sa graisse. Deux situations se répondent la folie humaine de voler et la folie humaine de transformer son corps. Cela mène à une situation drôle, association d’idée et ça fait rire. Regard complice avec le metteur en scène avec les yeux qui brillent.
Résister et se souvenir : une fin d’espoir ?
La mémoire d’une vieille dame consiste-t-elle à se souvenir des gens, de leur nom, du nom des rues, de l’endroit où elle habite et arrivera-t-on à capter ses souvenirs les plus essentiels qui font son être profond, les choses qui font ce qu’elle est et pas une autre. Qu’est-ce qui fait aujourd’hui dans notre société actuelle la preuve de notre existence et cette part précieuse de notre moi peut-on la toucher, doit-on la toucher ou est-ce une part de notre intime qui nous appartient et doit rester secrète et qu’il faut protéger de toute agression ou intrusion extérieur ?
D’autres interrogatoires ponctuent ce moment. Ce qui est présenté est riche, complexe. Le spectateur peut prendre ce qu’il veut du moment qu’il est prêt à regarder, écouter et vif d’attention et de curiosité.
Au moment où fait débat la question de l’identité national dans notre pays au sein du débat politique, il paraît judicieux de penser l’identité à un niveau individuel pour contraster à l’aspect collectif du national à la manière psychologique, de l’interrogatoire de police, d’une interview de sociologie, dans le cabinet d’un psychanalyste... ailleurs en nous-même avec nos réponses et ce spectacle comme miroir.
La réflexion profonde que ce spectacle peut susciter n’a d’égal que son traitement décalé, loufoque, drôle, attendrissant, émouvant et clownesque qui peut en faire un formidable moment d’entertainment parfois énervant et surtout touchant pourvu qu’on se laisse aller.